Le principe est simple : nul ne doit causer à autrui un trouble excédant les inconvénients normaux du voisinage. Il n'est pas nécessaire de prouver une faute du voisin, ni même que sa construction soit illégale. Ce qui compte, c'est l'anormalité du trouble — et l'anormalité, ça se démontre.
Perte d'ensoleillement, vue murée, surplomb, vis-à-vis créé par une terrasse ou une fenêtre, écoulement d'eaux de toiture sur votre fonds, mur de soutènement qui déstabilise votre terrain. Une construction peut être parfaitement autorisée par un permis et constituer malgré tout un trouble anormal. À l'inverse, une irrégularité d'urbanisme ne suffit pas à elle seule : encore faut-il un préjudice caractérisé.
La règle des distances s'applique : au-delà de deux mètres de hauteur, une plantation doit être à deux mètres au moins de la limite séparative ; en dessous, à cinquante centimètres. Vous pouvez exiger l'arrachage ou la réduction, et couper vous-même les racines qui avancent chez vous. Les branches, elles, ne se coupent pas soi-même : il faut demander au voisin de les élaguer. Au-delà des distances, les nuisances réelles comptent : privation de lumière, chute massive de feuilles dans une piscine, racines soulevant une dalle ou fissurant un réseau.
Le propriétaire du fonds inférieur doit recevoir les eaux qui s'écoulent naturellement du fonds supérieur. Mais le fonds supérieur n'a pas le droit d'aggraver cet écoulement : imperméabilisation d'une cour, terrassement, remblai, gouttière ou drain rejetant chez le voisin, bassin de rétention supprimé. C'est cette aggravation qui engage la responsabilité, et c'est elle qu'il faut établir.
Les juges raisonnent au cas par cas, en pesant :
Photos et vidéos datées, prises depuis des points fixes et répétées dans le temps. Un journal des faits : date, heure, durée, description, conséquences. Témoignages écrits de voisins, en attestation régulière. Vos courriers au voisin et ses réponses, ainsi que les démarches de conciliation — un recours préalable est souvent exigé avant l'audience.
Extrait cadastral, titre de propriété, règlement de lotissement, PLU, permis de construire du voisin et déclarations préalables affichées. Ces pièces situent le cadre et révèlent parfois un écart entre l'autorisé et le construit.
C'est le cœur du dossier, parce que l'anormalité est une question de degré.
Commencez par l'écrit courtois, puis le recommandé. Faites établir un constat technique daté avant que la situation n'évolue ou que le voisin ne modifie les lieux. Tentez la conciliation ou la médiation, souvent obligatoire et parfois efficace. Si le trouble persiste, l'avocat saisit le tribunal judiciaire : il peut demander la cessation du trouble — démolition, élagage, création d'un ouvrage d'évacuation — et l'indemnisation du préjudice, en s'appuyant sur votre socle technique et, le cas échéant, sur une expertise judiciaire.
Pour le volet technique de votre dossier — mesures, diagnostics, rapport d'expertise défendable en justice — un expert bâtiment indépendant comme Cassini Expertise, en région PACA, complète l'action de votre avocat.